Südprojekt

Les Gabonais aiment discuter...

Alexandra Strebel (Suisse), du Gabon
Le temps passe comme un éclair. La deuxième semaine a bien commencée, les deux derniers bagages sont finalement arrivés et nous avons passé le dimanche à la pointe Denis, une merveilleuse petite île en face de Libreville. Le programme continue avec une grande intensité. Nous varions entre ateliers à Libreville et travaux manuels sur le chantier à Ntoum où nous nous réjouissons de voir le progrès des travaux de construction que ce projet a permis de lancer. Le camp chantier international est une grande expérience pour tous les participants...
Nous avons vécus des hauts et des bas, appris énormément des uns et des autres et passé des moments inoubliables ensemble.
La veille du 17 août, fête nationale et cette année fête du cinquantenaire d’indépendance du Gabon, nous descendons au centre ville pour voir les feux d’artifice et pour nous impregner de l’ambiance de ce moment historique.

Le boulevard du bord de mer est fermé aux voitures et pour une fois tout le monde va à pied. La nuit de la saison sèche est agréablement fraîche et nous avançons en direction du palais présidentiel. Il y a beauocup de monde, des jeunes et des vieux, des noirs, mais aussi des blancs. Avant les feux d’artifice, il y a des concerts et une présentation multimédia sur l’histoire du Gabon, du temps avant l’esclavage jusqu’à l’élection d’Ali Bongo.

L’ambiance est joyeuse et détendue, les moments forts du récit sont accompagnés par des cris de « ah » et « oh ». Enfin, les feux commencent. Nous sommes au milieu de la foule juste devant le palais où le président et son entourage sont rassemblés sur une tribune couverte avec la vue sur la mer et les feux. Le Gabon fête dignement son indépendance, les feux continuent et continuent accompagnés de cris de joie. Derrière nous le spectacle se reflète dans la façade vitrée du palais blanc. Tout se termine par l’hymne nationale : « Uni dans la Concorde et la fraternité, Eveille toi Gabon, une aurore se lève, Encourage l'ardeur qui vibre et nous soulève! C'est enfin notre essor vers la félicité... ». La soirée s’est passée dans le calme, personne ne nous a interpellé parce qu’on était blancs, pourtant ça nous était arrivé plusieurs fois pendant le séjour.

Une fois, nous attendions un taxi et un groupe de jeunes criait: « Les petits Sarkozys, les petites Ségolènes, rentrez chez vous ! ». Ils changeaient complètement de ton quand on leur a dit qu’on venait de la Suisse et ils nous ont même aidé à trouver un taxi. Une autre fois la discussion était mené sur un ton plus agressif. Dans le bus de Ntoum à Libreville, quelques passagers s’énervaient en disant que maintenant les blancs leur volaient même les places dans les transports publics. Le débat était très animé et nous étions un peu intimidés car les gens avaient l’air très fâchés et nos hôtes nous défendaient avec ardeur. On décidait de se lever et d’offrir nos places assises à celui qui se fâchait le plus. C’était un acte symbolique et le passager déclinait l’offre en nous disant qu’il n’y avait aucun souci et qu’il s’agissait seulement de discuter et d’échanger les opinions divergentes. Difficile à distinguer les vraies querelles des débats que les Gabonais aiment tant. Pour finir, le passager agressif s’asseyait à côté de nous et commençait à nous poser des questions sur nos origines et les raisons de notre séjour. Mais juste avant le terminus, les inculpations recommençaient et quelqu’un d’autre nous reprochait l’histoire coloniale et l’ingérence de l’occident en Afrique : « C’est à cause de vous que l’Afrique est sousdéveloppée ! ». Nous nous défendions en disant que nous ne pouvions rien aux erreurs de nos ancêtres et que nous avions que peu d’influence sur les actes de nos Etats, mais en vain, le monsieur ne faisait pas la différence entre nous en tant qu’individus et nos pays d’origine.

Nous avons observé que les Gabonais aiment discuter. Lorsqu’il y a un conflit ou un malentendu entre deux personnes, par exemple un passager et le chauffeur du bus, tout le monde intervient pour donner son avis, pour calmer le jeu, pour dire au plus jeune de respecter l’aîné ou encore pour corriger les mauvais comportements et pour ainsi trouver une solution satisfaisante au conflit. Cela nous a tout particulièrement impressionnés étant donné que l’éducation à la paix et l’apprentissage de la transformation de conflits font partie des objectifs de chaque chantier proposé par le Service Civil International. Pendant notre séjour, nous avons appris beaucoup en observant comment nos amis Gabonais géraient les conflits en prenant le temps nécessaire pour l’écoute de toutes les parties prises, pour la discussion et la recherche d’une solution qui convient à tout le monde.