C’est ça l’Afrique !
Alexandra Strebel (Suisse), du Gabon
Après une année, je retourne au Gabon pour réaliser un projet commun de camp chantier international avec le CNJG et je vais essayer de partager avec vous quelques impressions et pensées qui accompagnent ce retour...
Après une année, je retourne au Gabon pour réaliser un projet commun de camp chantier international avec le CNJG et je vais essayer de partager avec vous quelques impressions et pensées qui accompagnent ce retour...
A l’aéroport de Casablanca
Je me trouve en escale à Casablanca. Tout m’est déjà familier du dernier voyage. J’attends proche des gates qui indiquent les départs vers Tunis, Douala et puis Malabo via Libreville. Je suis assise sur un fauteuil en face d’un groupe d’étudiants africains qui rentrent probablement pour les vacances d’été. Ils parlent l’espagnol, ce qui me semble toujours « exotique ». Je ne savais même pas qu’il y avait un pays hispanophone en Afrique avant de venir à Libreville. Ils ont tous « la classe », vêtements bien choisis, soignés, valises à roulettes. Les africains un peu plus âgés voyagent en chemise ou costard malgré la chaleur. Il y a également quelques femmes vêtues de belles robes africaines de différents styles que je ne sais pas distinguer. Deux africaines musulmanes qui portent un voile assorti à la couleur de leur robe traditionnelle et qui ne cache en rien leur beauté et leur grâce.
Un couple mixte avec un nourrisson, on imagine le premier voyage en Afrique pour rencontrer la famille avec le bébé. Le père très fier, la mère qui a l’air un peu anxieuse, est-ce l’appréhension du voyage ? Plus loin attendent quelques jeunes touristes–voyageurs équipés de sac à dos et d’une tenue « sport outdoor » et une famille française résidant à Libreville avec qui j’échange quelques paroles. Il y a aussi quelques jeunes hommes blancs, dont je suppose qu’ils font partie de la marine.
Le panorama est complété par une touriste espagnole qui voyage en top sans manches ce qui me frappe toujours, ne parlons même pas des filles qui portent les shorts qui sont tellement à la mode en Europe...un petit choc culturel pour moi, ces mondes parallèles qui se croisent dans cet espace hors temps et géographie que semble être le hall d’attente de l’aéroport.
Et enfin moi, « bénévole internationale », je me sens étrangère. Je me réjouis d’entendre le rythme du français africain, je me sens déjà plus proche de mes amis qui m’attendront à Libreville. Mais en même temps, j’ai cette impression de ne pas être à ma place dans cette salle d’attente. Qu’est-ce que je viens faire ici ? Avec quel but et est-ce que le projet est-il vraiment utile ? La nervosité remonte, les préparations des dernières semaines et les insécurités par rapport à l’état des travaux sur place dont je ne connais pas les détails.
La semaine passée, la manière dont l’Afrique est reflétée dans nos médias m’a particulièrement frappée. J’ai lu un entretien dans un magazine suisse avec un footballeur et un moderateur de radio qui énoncait cette image des Africains qui sont « pauvres mais pleins de joie de vie » et je me suis rendue compte de la force de ces stéréotypes bien ancrés dans notre mémoire collective. Quand je raconte que je vais en Afrique et que j’y réalise un projet, cela suscite toujours des réactions ambigues : par exemple en Suisse de l’admiration pour le courage qu’on a, de l’admiration pour celui qui « va aider » ou aussi une critique de celui qui se mêle des affaires des autres et, en Afrique, l’incompréhension de certains pour un tel projet de bénévolat international.
Mon image de l’Afrique a changée depuis mon premier séjour ici. J’ai une nouvelle image de l’Afrique, mais elle est encore floue. Elle se situe quelque part entre articles afro-optimistes du magazine « Jeune Afrique», mon quotidien à Libreville pendant le stage en 2009 avec la période électorale, s’y ajoutent mes rencontres avec des jeunes femmes qui montent des entreprises qui marchent, avec les jeunes qui se lancent dans une carrière « onusiénne3, avec d’autres qui essaient avec plus ou moins de succès de monter leur propre organisation non gouvernementale. Je me demande combien de mes observations sont spécifiques au Gabon qui est un des pays les plus riches et urbanisés du continent et combien en sont aussi valables pour les pays voisins. J’ai eu des discussions avec d’autres africains qui montraient quelques similitudes, mais j’ai trop peu de connaissances pour affiner cette image de l’Afrique actuelle : une Afrique urbaine, une jeunesse africaine qui a étudié à l’étranger et qui renvient au pays, une Afrique présente et connecté au monde sur Internet. Des jeunes Africains conscients qui discutent ouvertement de l’état de leurs pays et des difficultés qui y existent.
Entre l’ici et l’ailleurs
J’ai la chance d’être assise à côté d’un gabonais qui fait ses études à Montréal et qui rentre au pays. Ça fait huit ans qu’il habite au Canada, il y a passé son bac et étudie l’administration publique maintenant. Il est arrivé au terme de ses études, il lui manque que le stage et le rapport de stage.
On discute beaucoup, c’est intéressant d’échanger avec quelqu’un qui connaît « les deux mondes ». Il rentre pour la première fois depuis deux ans, on parle des élections de l’année passée que j’ai vécues sur place tandis que lui il était resté au Canada. Il n’attend pas un grand changement du nouveau président. Il me dit : « Chaque fois que j’arrive là-bas, je pense, « ah, ça c’est l’Afrique, c’est vraiment l’Afrique ». Je veux savoir ce que ça signifie pour lui « l’Afrique », si c’était l’environnement, les gens, mais il n’arrive pas à donner des arguments concrets, c’est un ressenti qui englobe le tout.
Ses projets d’avenir sont de rentrer au pays et de trouver un travail dans l’administration publique, car cela garantit une sécurité de l’emploi et il y a moins de pression que dans le secteur privé.
Bienvenue chez toi
Ma journée d’arrivée est marquée par les retrouvailles et un grand sentiment de familiarité au retour à un endroit où j’ai vécu des moments intensifs. Je suis curieuse de voir si quelque chose à changé, si tout est resté pareil. Je me réjouis énormément d’être ici.
Après un court repos, on a la première réunion qui me permet de revoir une partie des gens impliqués dans le projet de camp chantier international. Comme c’est plus simple de communiquer de face en face !
La préparation du projet n’a pas toujours été facile car par e-mail, il y a dès fois des malentendus qui peuvent se produire, les discussions au téléphone sont difficiles à cause de la mauvaise connection et des problèmes d’infrastructures. Maintenant beaucoup de questions qui étaient encore restées en suspens peuvent être clarifiées.
En marge de la réunion, quelques discussions sur le nouveau président qui est dit d’être dynamique et actif pour son projet du Gabon « émergent ». On dit qu’il l’est peut-être trop pour certains.
Ma première journée se termine au « Boul’Bess » avec un D’jino Ananas, du poisson grillé et des bananes plantaines, la musique et l’ambiance festive. Libreville m’avait manquée. Un ami appelle et me souhaite « Bienvenue chez toi ».
Atelier in libreville
Grundstück für das jugendzentrum in Ntoum
Je me trouve en escale à Casablanca. Tout m’est déjà familier du dernier voyage. J’attends proche des gates qui indiquent les départs vers Tunis, Douala et puis Malabo via Libreville. Je suis assise sur un fauteuil en face d’un groupe d’étudiants africains qui rentrent probablement pour les vacances d’été. Ils parlent l’espagnol, ce qui me semble toujours « exotique ». Je ne savais même pas qu’il y avait un pays hispanophone en Afrique avant de venir à Libreville. Ils ont tous « la classe », vêtements bien choisis, soignés, valises à roulettes. Les africains un peu plus âgés voyagent en chemise ou costard malgré la chaleur. Il y a également quelques femmes vêtues de belles robes africaines de différents styles que je ne sais pas distinguer. Deux africaines musulmanes qui portent un voile assorti à la couleur de leur robe traditionnelle et qui ne cache en rien leur beauté et leur grâce.
Un couple mixte avec un nourrisson, on imagine le premier voyage en Afrique pour rencontrer la famille avec le bébé. Le père très fier, la mère qui a l’air un peu anxieuse, est-ce l’appréhension du voyage ? Plus loin attendent quelques jeunes touristes–voyageurs équipés de sac à dos et d’une tenue « sport outdoor » et une famille française résidant à Libreville avec qui j’échange quelques paroles. Il y a aussi quelques jeunes hommes blancs, dont je suppose qu’ils font partie de la marine.
Le panorama est complété par une touriste espagnole qui voyage en top sans manches ce qui me frappe toujours, ne parlons même pas des filles qui portent les shorts qui sont tellement à la mode en Europe...un petit choc culturel pour moi, ces mondes parallèles qui se croisent dans cet espace hors temps et géographie que semble être le hall d’attente de l’aéroport.
Et enfin moi, « bénévole internationale », je me sens étrangère. Je me réjouis d’entendre le rythme du français africain, je me sens déjà plus proche de mes amis qui m’attendront à Libreville. Mais en même temps, j’ai cette impression de ne pas être à ma place dans cette salle d’attente. Qu’est-ce que je viens faire ici ? Avec quel but et est-ce que le projet est-il vraiment utile ? La nervosité remonte, les préparations des dernières semaines et les insécurités par rapport à l’état des travaux sur place dont je ne connais pas les détails.
La semaine passée, la manière dont l’Afrique est reflétée dans nos médias m’a particulièrement frappée. J’ai lu un entretien dans un magazine suisse avec un footballeur et un moderateur de radio qui énoncait cette image des Africains qui sont « pauvres mais pleins de joie de vie » et je me suis rendue compte de la force de ces stéréotypes bien ancrés dans notre mémoire collective. Quand je raconte que je vais en Afrique et que j’y réalise un projet, cela suscite toujours des réactions ambigues : par exemple en Suisse de l’admiration pour le courage qu’on a, de l’admiration pour celui qui « va aider » ou aussi une critique de celui qui se mêle des affaires des autres et, en Afrique, l’incompréhension de certains pour un tel projet de bénévolat international.
Mon image de l’Afrique a changée depuis mon premier séjour ici. J’ai une nouvelle image de l’Afrique, mais elle est encore floue. Elle se situe quelque part entre articles afro-optimistes du magazine « Jeune Afrique», mon quotidien à Libreville pendant le stage en 2009 avec la période électorale, s’y ajoutent mes rencontres avec des jeunes femmes qui montent des entreprises qui marchent, avec les jeunes qui se lancent dans une carrière « onusiénne3, avec d’autres qui essaient avec plus ou moins de succès de monter leur propre organisation non gouvernementale. Je me demande combien de mes observations sont spécifiques au Gabon qui est un des pays les plus riches et urbanisés du continent et combien en sont aussi valables pour les pays voisins. J’ai eu des discussions avec d’autres africains qui montraient quelques similitudes, mais j’ai trop peu de connaissances pour affiner cette image de l’Afrique actuelle : une Afrique urbaine, une jeunesse africaine qui a étudié à l’étranger et qui renvient au pays, une Afrique présente et connecté au monde sur Internet. Des jeunes Africains conscients qui discutent ouvertement de l’état de leurs pays et des difficultés qui y existent.
Entre l’ici et l’ailleurs
J’ai la chance d’être assise à côté d’un gabonais qui fait ses études à Montréal et qui rentre au pays. Ça fait huit ans qu’il habite au Canada, il y a passé son bac et étudie l’administration publique maintenant. Il est arrivé au terme de ses études, il lui manque que le stage et le rapport de stage.
On discute beaucoup, c’est intéressant d’échanger avec quelqu’un qui connaît « les deux mondes ». Il rentre pour la première fois depuis deux ans, on parle des élections de l’année passée que j’ai vécues sur place tandis que lui il était resté au Canada. Il n’attend pas un grand changement du nouveau président. Il me dit : « Chaque fois que j’arrive là-bas, je pense, « ah, ça c’est l’Afrique, c’est vraiment l’Afrique ». Je veux savoir ce que ça signifie pour lui « l’Afrique », si c’était l’environnement, les gens, mais il n’arrive pas à donner des arguments concrets, c’est un ressenti qui englobe le tout.
Ses projets d’avenir sont de rentrer au pays et de trouver un travail dans l’administration publique, car cela garantit une sécurité de l’emploi et il y a moins de pression que dans le secteur privé.
Bienvenue chez toi
Ma journée d’arrivée est marquée par les retrouvailles et un grand sentiment de familiarité au retour à un endroit où j’ai vécu des moments intensifs. Je suis curieuse de voir si quelque chose à changé, si tout est resté pareil. Je me réjouis énormément d’être ici.
Après un court repos, on a la première réunion qui me permet de revoir une partie des gens impliqués dans le projet de camp chantier international. Comme c’est plus simple de communiquer de face en face !
La préparation du projet n’a pas toujours été facile car par e-mail, il y a dès fois des malentendus qui peuvent se produire, les discussions au téléphone sont difficiles à cause de la mauvaise connection et des problèmes d’infrastructures. Maintenant beaucoup de questions qui étaient encore restées en suspens peuvent être clarifiées.
En marge de la réunion, quelques discussions sur le nouveau président qui est dit d’être dynamique et actif pour son projet du Gabon « émergent ». On dit qu’il l’est peut-être trop pour certains.
Ma première journée se termine au « Boul’Bess » avec un D’jino Ananas, du poisson grillé et des bananes plantaines, la musique et l’ambiance festive. Libreville m’avait manquée. Un ami appelle et me souhaite « Bienvenue chez toi ».
Atelier in libreville
Grundstück für das jugendzentrum in Ntoum



